L’envie de repartir

25 Avr 2018 | Tour de Suisse 2018

L’expérience a été excellente et ces vacances figurent certainement parmi les plus belles que nous ayons passé en famille. Toute la famille est unanime. Et maintenant ? Expérience unique ? Expérience à reproduire ? Premiers pas dans une nouvelle direction ? Il y a des vacances qui restent de bons souvenirs, excellents mêmes. D’autres qui appellent à des changements ou rappellent un certains nombre d’éléments à déterrer.

Le retour est dur. Cela fait 2 semaines que nous sommes rentrés, 10 jours que le travail a repris, loin d’un train-train tranquille, plutôt comme un fleuve impétueux emportant presque tout sur son passage : 45 heures en 4 jours pour la première semaine. Elles ne sont heureusement pas toutes comme ça, mais rien que d’y penser, je n’avais pas envie de recommencer. Ce n’est pas que je n’aime pas ce que je fais : enseigner, préparer des cours, imaginer des solutions numériques, rencontrer des gens (élèves, parents, collègues,…), gérer des données administratives,… c’est plutôt le rythme de vie qui me pèse, depuis un certain temps maintenant. Il faudrait que je ralentisse, en fait, que je choisisse là où je veux vraiment m’investir, là où sont mes priorités, en activités, en développement… De l’autre côté, il faut gagner sa vie, celle de sa famille, voulue et nombreuse, financer ses choix et ses options de vie… Ce ne sont pas les activités les plus agréables ou défiantes qui rapportent le plus. C’est loin d’être simple et réguler le tout n’est pas une partie de plaisir… Alors on rêve, on y pense, on avance, c’est sûr, petit à petit, en essayant de n’être ni escargot, ni guépard. En fait, ce temps en camping-car et tout ce qu’il y a autour, en particulier les chaînes Youtube que nous avons regardé et que nous continuons de suivre, me posent des questions sur mon/notre mode de vie actuel, ses raisons, son bien-fondé. Notre confort suisse au XXIe siècle est-il si confortable que cela ?

D’aussi loin que je me souvienne, le camping-car m’a toujours fasciné. Je me souviens que, petit, je jouais à construire des remorques en forme de maison pour mes camions MatchBox. Ensuite, je déambulais dans l’appartement avec mon « camping-camion » fait maison en imaginant passer de pays en pays jusqu’en Grèce ou jusqu’en Israël. Plus tard, j’aurais bien garé un bureau mobile devant l’école où je travaillais, histoire de pouvoir préparer, corriger, et pourquoi pas manger et me reposer au calme, entre les cours ou à la pause de midi. Et puis, lorsque nous avons réfléchi à notre voyage de noces, le camping-car est rapidement devenu une évidence, les îles paradisiaques n’étant qu’à peine évoquées. Et aujourd’hui ? Qu’y a-t-il de fascinant dans ce mode de transport – et parfois de vie ?

Des vacances en camping-car

Il me semble trouver dans le camping-car et son mode de vacances induit différents éléments qui me conviennent plutôt bien :

  • avoir sa maison avec soi, être partout – et de préférence dans des spots de rêve – et chez soi en même temps.
  • pouvoir allier sédentarité au nomadisme
  • décider chaque jour – ou presque – de rester ou de partir
  • vivre « petit », une certaine idée du minimalisme

Bien-sûr, il y a également quelques limites :

  • on avance mois vite si on a pour but une destination lointaine
  • les vidanges et ravitaillements sont des étapes obligées, vivre sous tente a des obligations semblables même si après quelques jours tout au plus, on sait où trouver les choses
  • il faut prendre partout sa maison avec soi : emporter des vélos permet de faire de petits parcours facilement. On peut aussi prendre les transports en commun. L’option caravane – comme la famille Coste – permet de pallier à cette difficulté mais rend les arrêts « hors zone » nettement moins faciles, me semble-t-il. De plus, le déplacement se fait en voiture, donc sans les avantages camping-car pour les enfants (table, toilettes, frigo / cuisine,… à portée de main).

Vivre en camping-car

… pendant un temps !

J’y pense de plus en plus, à l’image de ces familles qui ont fait une pause dans leur train-train quotidien et qui sont parties sillonner l’Europe ou l’Amérique en famille pendant 6 mois, un an ou parfois plus. Hier encore, une famille annonçait son départ pour une durée indéterminée. Bien sûr, l’aventure doit être soigneusement préparée et le véhicule-maison doit répondre à un carnet des charges élevé. Mais tenter l’expérience, peut-être progressivement, me dirait bien. Par contre, passer à l’extrême et habiter sur la route, comme certains ont commencé à faire, ne me semble pas une option réaliste actuellement. Nos enfants sont petits, ont besoin d’attache, d’amis, de voir la famille (grands-parents, cousins, cousines,…) et leur donner des ailes à la place de leurs racines ne me semble pas une bonne option. Quant à moi, si j’avais 20 ans de moins et que j’étais sans enfant, ça me tenterais bien…

Philosophie camping-car

Il y a bien des manière d’utiliser un camping-car et d’y vivre, pour un temps ou plus longtemps. Voici en quelques lignes – non-classées –  le résumé de ma vision…

  • Liberté : choisir où l’on va, combien de temps on reste, ce que l’on visite ou pas, les occasions impromptues que l’on prend ou que l’on laisse.
  • Minimalisme : partir léger, prendre le minimum et « faire avec », apprendre à faire avec moins – et peut-être finalement avec peu.
  • Proximité : vivre avec et proche des autres – en famille – pendant une période prolongée, en apprenant à exprimer ses envies, ses problèmes, ses défis et en cherchant des solutions qui conviennent à chacun.
  • Horizons : parfois, même si je vis dans un très beau pays, j’aimerais d’autres vues à mon lever, prendre des couchers de soleil sans barres d’immeubles, sortir de la sédentarité et renouer quelque peu avec le « nomadisme » qui a été le mode de vie de tant de nos ancêtres ; chercher, trouver, apprécier des endroits différents.
  • Rencontrer : je ne suis pas un grand bavard ni quelqu’un très à l’acte au milieu d’une foule – la plage, quelle horreur ! – mais j’aime discuter avec l’un ou l’autre passant, marchand, touriste, connaître non seulement les lieux pour leur géographie mais aussi par les gens qui les habitent, qui les ont construits ou qui participent à la vie locale, comme ce boucher rencontré au Toggenburg.

Au-delà du simple mode de vie, le fait de sortir de la normalité, de nos vies remplies de choses et d’activités, repenser les priorités semble être un peu comme un pèlerinage, une sortie du confort et de l’habituel pour redécouvrir l’essentiel, un appel au désert pour se reconnecter à l’éternel, à ce qui dure.

La liste s’allongera et marquera certainement au cours des prochaines réflexions et des prochains mois.

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